La transition énergétique

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L’URGENCE DU TOURNANT ÉNERGÉTIQUE DANS UN CONTEXTE DE CHANGEMENT CLIMATIQUE OU LA NÉCESSITÉ DE TRANSFORMER NOTRE MODE DE VIE

Daphnée Hacker-Bousquet, 2012

Vidéo sur la transition énergétique

Description de l'enjeu

Le modèle de développement qui caractérise les pays occidentaux depuis deux siècles est principalement fondé sur le recours aux énergies fossiles et sur la croissance continue de la production et de la consommation de biens et services, mobilisant une grande partie des ressources planétaires. Comme l’indique l’Institut de Stockholm pour l’environnement, il est maintenant notoire que l’humanité nécessiterait plus de cinq planètes terre si le mode de vie nord-américain était adopté par l’ensemble de la population mondiale.

À cette pression toujours plus lourde sur les ressources naturelles s’ajoutent les bouleversements liés au réchauffement climatique global. La communauté scientifique, à travers le monde, a depuis longtemps produit des études établissant un lien irrévocable entre les changements climatiques et l’accumulation dramatique des émissions de gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère. Les émissions des principaux GES (dioxyde de carbone, oxyde d’azote et méthane) sont principalement générées par la combustion d’énergies fossiles telles que le pétrole et le charbon. Ce sont les pays de l’Organisation de coopération et développement économique (OCDE) qui représentent la source majeure d’émission de ces gaz (émission qui a augmenté de 140% entre 1970 et 2004). Étant donné leur croissance économique rapide et leur accès à d’abondantes ressources fossiles, les pays émergents contribuent de plus en plus à l’émission et la concentration atmosphérique des GES. L’Agence d’énergie internationale (AIE) estime d’ailleurs que la demande en énergie primaire va croitre de 55% entre 2005 et 2030, et de 74% dans les pays en développement.

Les recherches sur le réchauffement climatique mondial montrent un risque élevé de dommages pour des populations et des écosystèmes entiers. Les changements climatiques sont intrinsèquement liés à de sérieux défis environnementaux et de développement, que ce soit l’accessibilité à l’eau potable, la santé publique, la désertification et l’adaptabilité générale des écosystèmes. Ces incertitudes posent un dilemme de taille aux États : doivent-ils poursuivre leurs objectifs de croissance économique rapide et continue ? Ou doivent-il plutôt opter pour des changements politiques majeurs – particulièrement dans les secteurs énergétiques et industriels- qui risquent de ralentir la croissance économique, mais qui offrent en échange la possibilité de diminuer drastiquement l’accumulation des GES et d’adopter des modes de vie basés sur une consommation énergétique plus responsable?

Au cours de la période précédant la conférence des Nations Unies sur le développement durable de l’été 2012 (connue sous le nom de Rio+20) et le Sommet de haut niveau sur les Objectifs du Millénaire pour le développement en 2013, un collectif de plus de 3 000 chercheurs a émis la première Déclaration sur l’État de la Planète, exhortant la communauté scientifique et les décideurs politiques à changer d’attitude afin d’éviter l’effondrement de l’environnement et d’établir des buts mondiaux de durabilité pour les générations futures. Aussi nécessaire qu’il soit, le cheminement menant au tournant énergétique risque de s’accompagner de conflits sur les objectifs et sur des problèmes d’acceptation sociale. La mobilisation de l’ensemble des acteurs sociétaux semble nécessaire, afin de mettre en place des mécanismes de changements structurels, ainsi que d’importantes campagnes de sensibilisation du public et des dirigeants, pour l’adoption de modes de consommation plus responsables.

Exemples

Le nucléaire comme solution miracle - le cas de l'Allemagne

Les inquiétudes entourant les changements climatiques ont mis de l’avant la nécessité de recourir à des formes d’énergie propre. Née dans les années 1930, l’énergie nucléaire est une technologie énergétique relativement récente. Dans les années 1950 et 1960, la première génération de réacteurs nucléaires, fonctionnant à l’uranium naturel, a été principalement exploitée aux États-Unis, dans l’Union soviétique, en France et en Grande-Bretagne. C’est lors des grands chocs pétroliers des années 1970 et 1980 que la seconde génération de réacteurs a été déployée, fonctionnant alors à l’uranium enrichi. Cette génération II correspond à la majorité des centrales nucléaires en exploitation dans le monde. Sa technologie a permis de rendre l’énergie nucléaire compétitive afin de diminuer la dépendance de certains pays aux énergies primaires.

Des pays comme la France ont reconnu, dès 1970, la forte croissance de la demande mondiale en énergie fossile et ont favorisé le recours à une pluralité de sources énergétiques, y compris l’énergie nucléaire qui ne produit pratiquement pas de GES. Tel que l’indique le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives de France, « la plupart des pays intègrent ainsi actuellement l’énergie nucléaire dans leur réflexion sur la politique énergétique à court et moyen terme (jusqu’en 2020) et à long terme (2020 et au-delà) ». De nombreuses réticences sont toutefois exprimées par la communauté scientifique et la société civile. L’énergie nucléaire pose des défis en termes de financement (l’installation de centrales est très coûteuse), de sécurité (risques élevés d’accidents, de fuites), de gestion des déchets radioactifs (contamination des populations, des sols) et de risques de prolifération (risques élevés sur la santé des individus trop fortement exposés). Le grave accident nucléaire de Tchernobyl en 1986 ainsi que le tremblement de terre et le tsunami qui ont frappé le Japon en 2011, entraînant une catastrophe nucléaire sans précédent, illustrent les dangers multiples qui accompagnent l’exploitation nucléaire.

Est-ce que l’énergie nucléaire représente l’option clé pour entamer un tournant énergétique? Les réponses sont différentes selon les pays. Alors que le gouvernement allemand, en 2010, semblait vouloir continuer l’exploitation nucléaire des 17 centrales allemandes comme transition vers des sources d’énergies renouvelables, le drame japonais a conduit la République fédérale allemande à adopter un changement radical de politique nucléaire, arrêtant immédiatement huit centrales nucléaires, puis programmant la fermeture des neuf restantes par étapes successives d’ici à 2022. L’État allemand a opté à la place pour une variété de sources d’énergies renouvelables, telles que l’énergie solaire, l’énergie éolienne et les biomasses. Cette décision entraine plusieurs défis, notamment la création de nouvelles infrastructures pour développer ces énergies et l’acceptation de ces nouvelles énergies par la population, afin d’éviter le retour à l’utilisation de centrales à charbon pour combler une production insuffisante par rapport à la demande. Afin de répondre à ces défis, la Commission d'éthique sur la transition énergétique qui a été mise sur pied lance en 2012 une plate-forme d'échanges scientifiques ouverte à la société civile sur le « comment » de cette transition. La science est ici invitée à contribuer au bien commun en collaboration avec la société civile, le milieu économique et les élus : une innovation sociale à suivre de près dans les prochaines années.

Amérique du nord : l'alternative des gaz de shale

Les industries pétrolières et gazières affirment souvent que le gaz, que ce soit le gaz naturel ou le gaz de shale (gaz aussi connu sous le nom de schiste), représente une source d’énergie propre. Inspirés par cet argument, les gouvernements, plus particulièrement en Amérique du Nord, continuent d’encourager une exploitation accélérée des gaz de schiste. L’industrie est aussi en voie de progresser de manière fulgurante en Europe et en Asie (surtout en Chine), bouleversant les objectifs planétaires d’émancipation des énergies fossiles. Semblables à celles utilisées pour la filière nucléaire, les justifications politiques du choix gazier font souvent référence aux bénéfices supposés du gaz naturel quant à la réduction de l’accumulation des GES, ainsi qu’à son potentiel de transition vers des énergies renouvelables.

Pourtant, les taux relativement bas d’émissions de GES annoncés par l’industrie sont souvent associés uniquement à la combustion du gaz naturel. Ce calcul laisse de côté les émissions générées par le processus complet d’exploitation, soit les étapes d’exploration, de production, de distribution et de combustion. Si on prend en compte toutes ces étapes, l’impact environnemental de l’exploitation du gaz parait plus important que ce qui était annoncé.

En effet, selon une étude menée par l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS), les fuites de méthane liées à la production et à la distribution du gaz de schiste alourdissent considérablement son bilan de GES : « le méthane non brûlé et libéré serait, sur une période de 100 ans, 25 fois plus dommageable en matière de réchauffement planétaire que le CO2 issu de la combustion, et 72 fois plus dommageable sur 20 ans ». Dans un même ordre d’idées, Normand Mousseau, auteur du livre La révolution des gaz de schiste, explique pourquoi l’investissement dans le secteur gazier ne peut faire partie d’une stratégie sérieuse pour la diminution des GES: « plusieurs facteurs suggèrent que le bilan environnemental complet des gaz de shale pourrait s’approcher de celui du charbon, ce qui diminuerait certainement son intérêt dans la lutte contre les changements climatiques ». Les États vont-ils prendre en compte cette donnée scientifique dans leurs politiques énergétiques?

Qui plus est, les gaz de shale impliquent un processus d’extraction spécifique. Comme le gaz est prisonnier d’une roche poreuse, il faut non seulement procéder à de multiples forages horizontaux et verticaux, mais il faut également fracturer la roche. Cette étape de fracturation hydraulique consiste à injecter, à très haute pression, des millions de litres d’eau additionnés de multiples produits chimiques dans la roche. Environ 50 % de ce cocktail toxique demeure dans le sous-sol. Les risques de ce procédé pour l’environnement et pour la santé publique sont multiples : contamination de la nappe phréatique, cas d’empoisonnements des puits d’eau potable, fuites incontrôlées de méthane dans les cours d’eau et dans les sols agricoles, etc. Ces incidents montrent que les technologies d’extraction ne sont pas encore au point.

Pour ces différentes raisons, cette option énergétique est critiquée par un grand nombre de chercheurs et d’organismes de la société civile. Les opposants à l’industrie des gaz de shale déplorent en particulier le manque de volonté des États d’initier un réel tournant énergétique. Le développement de la filière gazière est devenu le symbole de l’asservissement des dirigeants politiques aux lobbys pétroliers et gaziers.

Inde et Chine : un paradoxe entre charbon et énergies vertes

Le charbon est encore largement utilisé à travers la planète, même s’il représente le combustible le plus polluant pour produire de l’électricité. Il permet une grande diversité d’usages : chauffage domestique, alimentation de chaudières industrielles, production de fonte ou d’essence synthétique, etc. Selon l’Association mondiale du charbon, depuis l’an 2000, la consommation de charbon a augmenté de manière beaucoup plus importante dans le monde que toute autre énergie primaire. Les cinq plus grands consommateurs de charbon sont la Chine, les États-Unis, la Russie, l’Inde et le Japon. La consommation totale de ces cinq États correspond à 77% de l’utilisation mondiale de charbon. Toutefois, ce sont les pays asiatiques qui font le plus grand usage de cette énergie, représentant 65% de la consommation mondiale.

La majorité des centrales de charbon fonctionnent selon la méthode traditionnelle, soit en brûlant du charbon pour fabriquer de l’électricité. Il existe pourtant une technologie beaucoup plus propre, connue sous le nom de gazéification intégrée à un cycle combiné, qui consiste à transformer le charbon en gaz avant de le brûler, ce qu permet de capter les GES avant qu’ils pénètrent l’atmosphère et de réduire les particules responsables du smog et des pluies acides. Cette technologie est encore peu utilisée par l’industrie, même aux États-Unis (qui ont augmenté leur production de charbon pour approvisionner la Chine et le Japon, entre autres), ce qui illustre la difficulté de certaines innovations scientifiques à s’imposer. Les représentants de l’industrie affirment que les vieux modèles de centrales sont plus fiables, mais la véritable raison, selon un article du New York Times, est que les anciennes centrales « sont plus faciles à construire, moins chères à faire fonctionner et beaucoup plus rentables », même s’il s’agit de la technique la plus émettrice de carbone. En réaction à cette nouvelle vague de production énergétique polluante, de nombreux sénateurs américains ont suggéré une taxe sur les émissions de carbone (comme en Europe), pour pousser les compagnies à adopter des technologies plus propres et donner l’exemple aux grands pays émergents qui semblent ne pas sentir l’urgence de se plier à des conventions et lois qui risquent de ralentir leur croissance : « la Chine estime, avec d'autres pays émergents, qu'elle devrait avoir les mêmes privilèges historiques que ceux dont les pays industrialisés ont profité pour développer leurs économies, même si cela doit se traduire par une augmentation rapide des émissions des gaz causant le réchauffement climatique» (article du Globe and Mail). Il semble d’autant plus difficile de convaincre ces pays énergivores de diminuer leurs émissions de GES que les pays développés, pour la majorité, sont incapables de donner un exemple cohérent de développement responsable.

Malgré cela, un changement semble avoir lieu en Chine et en Inde. Malgré la richesse de leur sous-sol, les deux puissances manquent de ressources énergétiques fossiles. Pour assurer leur certaine indépendance énergétique, les énergies renouvelables, notamment solaires, sont intéressantes. D’ailleurs, ces deux géants asiatiques possèdent à l’heure actuelle les plus grands parcs solaires au monde. C’est un début de tournant énergétique qui peut aider à diminuer les GES, certes, mais qui soutient un modèle économique énergivore qui ne remet aucunement en question le mode de vie occidental de surconsommation.

Points de vue et axes de réflexion

Un modèle de décroissance qui implique la simplicité volontaire

Comme les exemples ci-dessus le montrent, la révolution énergétique est peu entamée malgré le consensus croissant sur sa nécessité, et les obstacles à sa réalisation sont nombreux. Une de ses conditions de possibilité est un changement du mode de vie collectif et en particulier l’abandon de l’idéal de la croissance tous azimuts, surtout dans les pays les plus riches. Cette transformation radicale doit viser à ce que la demande mondiale en énergie soit moindre et mieux répartie et que la pression sur les ressources planétaires soit moins forte qu’actuellement.

Comme l’explique le chercheur Samuel Alexander du Bureau des programmes environnementaux de l’Université de Melbourne, les modèles politiques occidentaux, basés sur l’idéologie néolibérale, partagent l’idée qu’un État ne doit pas réguler la consommation. En effet, selon ces modèles, les individus sont des consommateurs rationnels et libres qui dépensent leur argent pour satisfaire leurs préférences personnelles. Selon Alexander, les structures politiques existantes enferment ainsi les citoyens dans un mode de vie axé sur la consommation de biens et en particulier de l’énergie comme si elle était illimitée, alors que les États pourraient appuyer des politiques inverses, visant la protection des ressources et le recyclage des biens existants, par exemple en haussant les taxes sur les biens de consommation ou en exigeant une meilleure qualité de la part des manufacturiers. Ils pourraient aussi favoriser la décroissance en transformant leurs indicateurs de performance.

Une étude sur le mouvement mondial de simplicité volontaire (Simple Living Survey) permet de rendre compte de quelques-uns des obstacles rencontrés par les individus désirant adopter un mode de vie non axé sur la consommation, qui encouragerait un modèle de décroissance économique. L’étude fait état de six grands axes réflexifs :

  • Les conditions structurelles de la majorité des milieux de vie, à l’exception de certaines grandes métropoles, empêchent d’échapper totalement à la culture automobile, en raison du manque d’options de transports appropriés à un mode de vie durable.
  • Les emplois sont bien plus souvent axés sur la performance de l’organisation que sur la qualité de vie des travailleurs. L’emploi standard, dans les sociétés capitalistes, occupe toute la semaine de travail, afin de maximiser la productivité totale de la population et les revenus individuels.
  • L’information sur la manière dont les biens de consommation sont produits et acheminés, cruciale pour aider les consommateurs à prendre des décisions éclairées, est lacunaire et non diffusée de manière constante pour l’ensemble des produits et dans l’ensemble des institutions. Si on améliorait cette information, il serait plus facile pour les citoyens de boycotter les produits qui ne respectent pas l’environnement et l’idéal d’une consommation énergétique minimale.
  • La publicité commerciale stimule la consommation immédiate et irréfléchie, au lieu encourager des habitudes de consommation axées sur la durabilité, la réparation et le recyclage.
  • Les objets sont au coeur du mode de socialisation occidental, que ce soit les gadgets technologiques offerts en gage d’amour parental ou d’amitié, les marques de vêtements ou de souliers qui deviennent des marqueurs de classe sociale ou des moyens d’intégration sociale. Une réflexion sur la consommation dans le programme éducatif devient une urgence sociale.
  • L’offre de logements axés sur un modèle de développement durable est trop limitée. Les maisons de type « eco-design » (fabriquées de matériaux recyclés, comportant des panneaux solaires intégrés au toit, etc.) sont souvent si chères qu’elles ne sont accessibles qu’à un nombre limité d’individus.

Selon les répondants au sondage international Simple Living Survey, les dirigeants politiques doivent reconnaître la nécessité de restructurer la société de manière fondamentale pour favoriser une transition vers des modes de consommation responsables. Étant donné qu’il semble difficile pour ces répondants de dépendre strictement des initiatives gouvernementales (bien qu’elles soient cruciales), une série de recommandations a été formulée, dont la plus importante est que les citoyens organisés dans la société civile s’impliquent activement à la résolution de ces enjeux structurels en participant à la construction d’un modèle sociétal alternatif.

Pistes de solution

Les smart grids pour résoudre les problèmes posés par les énergies vertes

Les « smart grids» sont des réseaux électriques intelligents (REI) au cœur de plusieurs stratégies suggérées par de nombreux experts pour entamer un réel tournant énergétique. En quoi consiste ce système? Il vise à optimiser la gestion des réseaux électriques urbains, mais également des réseaux électriques qui s’étendent parfois à la grandeur d’un pays ou d’une grande zone territoriale. Le but est d’informer clairement les consommateurs de leur consommation énergétique afin de les conscientiser et d’augmenter leur maîtrise de la demande d’énergie (surtout lors des heures de pointe afin d’éviter l’utilisation de centrales thermiques d’appoint qui sont polluantes et couteuses. Ce système vise aussi à intégrer les énergies renouvelables aux moyens en place de production d’électricité dans l’espoir d’atteindre l’autonomie énergétique, c’est-à-dire une situation où la production d’électricité instantanée du réseau suffit à combler la demande sans que les énergies fossiles soient utilisées.

Au Québec, par exemple, l’installation des REI permettrait d’intégrer l’énergie éolienne, la biométhanisation des déchets de table ou encore les pompes thermiques au système hydroélectrique en place. Aux yeux de Bernard Saulnier, ingénieur et chercheur à l'Institut de Recherche d'Hydro-Québec et co-auteur du livre L'éolien au coeur de l'incontournable révolution énergétique, ces énergies renouvelables deviendraient ainsi des alternatives technico-économiques crédibles, en plus d’éviter la création de nouveaux barrages hydroélectriques. Les municipalités ayant adopté le modèle de « smart grids » sont nombreuses au États-Unis : les villes d’Austin, Boulder, Fort Collins, Maui (Hawaï), Sacramento, San Diego, pour n’en nommer que quelques-unes. Ces expériences ont permis de confirmer la faisabilité de tels réseaux. Par exemple, le simple fait d’imposer un tarif plus élevé durant les heures de pointe a poussé un grand nombre d’individus à diminuer leur consommation énergétique. Un grand nombre d’usagers sont également devenus producteurs d’énergie.

On peut noter que les REI permettent de résoudre l’un des plus grands problèmes techniques posé par les énergies renouvelables, soit la difficulté à capter et stocker les formes d’énergies diffuses et intermittentes. En effet, les REI permettent de distribuer l’énergie au fur et à mesure qu’elle est produite. Ceci peut aussi aider à accommoder la demande grandissante en véhicules électriques.

Un dialogue écono-énergétique nécessaire

La mise en place des « smart grids » correspond à un véritable choix de société basé sur un nouveau modèle de consommation énergétique. Avant d’être imposé à une population, celle-ci doit être informée et pouvoir se prononcer sur les répercussions d’un tel système. La science doit aussi travailler à faciliter un tel virage énergétique en développant les connaissances sur les infrastructures informatiques capables de collecter, traiter en temps réel, stocker et analyser un grand volume de données, avec un niveau de disponibilité et de sécurité très élevé. Face au développement de réseaux qui bouleverseront les modes de vie de millions d’individus, le principe de précaution doit s’appliquer : avant de dépenser les fonds publics ou prendre des décisions majeures, il faut s’assurer de la faisabilité (en encourageant la recherche, entre autres) et de l’acceptabilité sociale d’un tel projet (en offrant beaucoup d’information et des lieux de délibérations aux citoyens).

Les REI sont aussi l’occasion de repenser les politiques écono-énergétiques existantes, souvent basées sur la monoculture de l’énergie (recours à une source unique d’énergie). Les REI offrent la possibilité d’opter pour une complémentarité de diverses sources énergétiques. De plus, si les coûts sociaux et environnementaux de chaque option énergétique sont clairement exposés aux consommateurs, ceci permettrait de constater rapidement que certaines énergies qui semblent coûteuses dans un premier temps, comme l’éolien, sont en fait rentables à long terme, comparativement à l’exploitation des gaz de schiste. L’intégration de la totalité des coûts engendrés par une forme d’énergie doit être présente dans les choix des sociétés.

Bref, l’établissement d’un dialogue entre les divers acteurs sociétaux semble plus crucial que jamais pour réduire la consommation d’énergie et développer les technologies de types « smart grids ». La science est à même de proposer des solutions efficaces à la crise environnementale actuelle; les chercheurs doivent sortir du milieu scientifique et continuer d’encourager un dialogue international pour déterminer des objectifs de développement durable réaliste qui contribueront à orienter l’humanité vers le respect des ressources planétaires.


Références

Bibliographie

Alexander, S. « Degrowth Implies Voluntary Simplicity: Overcoming Barriers to Sustainable Consumption ». 23 Février 2012. 17p. Disponible sur SSRN: http://ssrn.com/abstract=2009698 [consulté le 20 avril 2012].

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M. Deutch, J. et al. « Update of the MIT 2003 : Future of Nuclear Power ». Massachussets Institute of Technology. 2009. 20p.

Mousseau, Normand. La révolution des gaz de schiste, Éditions Multimondes, 2010, 164p.

Nature, « Lessons of a triple disaster ». Nature, vol. 483, 8 mars 2012, p.123.

Schepper, B. et al. « Le gaz de schiste dans le contexte québécois : un choix énergétique judicieux? ». Institut de recherche et d’informations socio-économiques, Février 2011, 12p.

Scott, K. 2009. A Literature Review on Sustainable Lifestyles and Recommendations for Further Research. Stockholm : Stockholm Environment Institute. 58p.

Trevor, L. (ed.). 2008. Future Energy: Improved, Sustainable and Clean Options for our Planet. China : Elsiever, 400p.

Ward, P. et Shively, G. Vulnerability, Income Growth and Climate Change, Purdue University, West Lafayette, IN, USA

Références web

Énergies fossiles

http://www.ledevoir.com/environnement/actualites-sur-l-environnement/347205/virage-vert-et-virage-petrolier-sont-incompatibles

http://www.planete-energies.com/fr/les-sources-d-energie/le-charbon/les-utilisations-du-charbon-57.html

http://www.courrierinternational.com/revue-de-presse/2007/02/07/le-charbon-chinois-enfume-la-planete

Énergie solaire

http://www.scidev.net/fr/climate-change-and-energy/features/energie-solaire-pour-les-pauvres-faits-et-chiffres.html

Énergie nucléaire

http://nucleaire.cea.fr/fr/repere/historique.htm

Urgence du tournant énergétique

http://www.scidev.net/fr/climate-change-and-energy/adaptation/news/la-plan-te-est-dans-un-tat-critique-d-clarent-les-scientifiques.html

http://www-304.ibm.com/easyaccess/secteurcommunications/contenttemplate/!!/xmlid=224967

Allemagne

2012/03/14 > BE Allemagne 563 > Une plateforme d'échanges scientifiques pour le tournant énergétique

Spécialistes

Annie Rochette Experte en droit de l’environnement Département des sciences juridiques, faculté de science politique et de droit Pavillon Thérèse-Casgrain, Université du Québec à Montréal C.P. 8888, Succursale Centre-ville, Montréal, H3C 3P8, Local W-3360 514-987-3000 poste 8325 rochette.annie@uqam.ca

Bernard Saulnier Expert en énergie éolienne Ex-chercheur à l’Institut de recherche d’Hydro-Québec Co-auteur du livre « L'éolien au coeur de l'incontournable révolution énergétique » 450-653-2846 bernard.saulnier@gmail.com

Lucie Sauvé Experte en éducation à l’environnement Faculté des sciences de l'éducation, Université du Québec à Montréal Responsable du Groupe de recherche en éducation et formation relatives à l'environnement Membre de l'Institut des sciences de l'environnement, de l'Institut Santé et Société C.P.8888, succ. Centre-ville, Montréal (Québec), H3C 3P8 514 987-6992 sauve.lucie@uqam.ca

Michel Duguay Expert en physique nucléaire Département de génie électrique et génie informatique Pavillon Adrien-Pouliot, Université Laval 1065, avenue de la Médecine, Québec, Local 1127 418-656-2131 poste 3557 michel.duguay@gel.ulaval.ca


MOTS-CLÉS : RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE, TOURNANT ÉNERGÉTIQUE, INDUSTRIE FOSSILE, ÉNERGIES RENOUVELABLES, NUCLÉAIRE, GAZ DE SCHISTE, CHARBON, BIOCARBURANT, MODÈLE DE DÉCROISSANCE ÉCONOMIQUE, SIMPLICITÉ VOLONTAIRE, DÉVELOPPEMENT DURABLE